JE NE SUIS PAS ENCORE MORTE

Lacy M.Johnson

édité par Sonatine

Chronique écrite le
26 - 04 - 2021

Rᴇ́sᴜᴍᴇ́

Un cri de douleur. De révolte et de rage. Un uppercut.

Comment décrire l’inconcevable ? Kidnappée, violée et menacée de mort, Lacy M. Johnson nous raconte comment elle a échappé à son bourreau. Qui n’est autre que son ex-compagnon, un homme violent et manipulateur, dont l’emprise, comme un étau, s’est peu à peu refermée sur sa vie. Témoignage porté par une poésie brute et une énergie hors du commun, récit d’une reconstruction impossible : ce livre est un chef-d’oeuvre nécessaire et brûlant d’actualité.

Mon avis

Il n'est pas évident de parler de ce livre tout comme il n'est pas évident de le lire, tant il est particulier, difficile, révoltant et poignant.

Lorsque je l'ai commencé, je ne comprenais pas cette histoire, je ne comprenais pas pourquoi cette femme nous faisait l'étalage de sa vie disloquée, pourquoi elle se scarifiait de la sorte, ni qui elle était vraiment.

Puis, petit à petit, je commence à saisir l'ampleur de ce qui se passe et je finis par comprendre que ce livre est une plongée dans les abysses de cette femme, abîmée par un homme, qui tente d'expulser le mal qui la ronge, cette douleur lancinante qu'elle croit camoufler en se laissant partir à la dérive.

Elle ne le nommera jamais par son prénom, mais nous parlera de "L'Homme Avec Qui Je Vis". Il était son prof d'Espagnol, 40 ans alors qu'elle avait à peine la vingtaine.

Elle nous parle de leur rencontre et puis de l'emprise qui commence sournoisement. La face sombre de cet homme se dévoile, sa violence, tant physique que morale.Elle devient le réceptacle de sa perversité.

Après leur séparation, difficile tant l'emprise est forte, il la retrouve. Elle sera séquestrée, violée et presque tuée. Depuis, sa reconstruction est une porte qu'elle souhaite emprunter mais dont elle ne parvient pas à trouver la clé.

C'est un récit à l'effet cathartique pour l'auteure, face au traumatisme subit, suintant la souffrance, mais qui m'a parfois donné du fil à retordre.

En effet, il y a des allers dans le passé des retours au présent qui ne sont jamais directement mentionnés, à nous de deviner de quel moment il s'agit et ce n'est pas toujours évident. Elle ne nommera jamais les hommes qu'elle a rencontrés dans sa vie, cela ajoute une difficulté supplémentaire, il faut rester concentré. Certaines scènes sont trash, il ne faut pas avoir peur du langage et des détails crus.

Pourtant, au-delà de ces quelques difficultés,c'est un livre révoltant, une plume poétique aussi, qui nous transperce et dont on ne ressort pas indemne. Un cri de douleur sur la violence faite aux femmes partout dans le monde, qui reste tellement d'actualité, et qui ne peut donc pas laisser indifférent.