LA MAISON DES ÉGARÉES

Julie Kibler

édité par Belfond

Chronique écrite le
22 - 03 - 2021

Rᴇ́sᴜᴍᴇ́

Après Les Couleurs de l'espoir, Julie Kibler livre une histoire vibrante d'humanité, celle d'une amitié profonde entre deux femmes démunies, exclues, et pourtant déterminées à se relever, plus fortes, plus libres, dans l'Amérique patriarcale du début du siècle.

Dans la petite ville de Berachah, au Texas, il est un refuge pour toutes celles dont la société ne veut plus, les filles mères, les épouses abandonnées, les prostituées, les droguées. Un abri où ces femmes brisées peuvent tenter de se reconstruire. C'est là que se rencontrent Lizzie Bates et Mattie Corder, en 1904. Entre les deux mères en perdition va se tisser un lien unique, comme un pont capable de les conduire ensemble vers un avenir meilleur.

Un siècle plus tard, Berachah se résume à quelques pierres tombales moussues. Fascinée par l'histoire de ce lieu et de ses pensionnaires, Cate Sutton, une jeune bibliothécaire, entreprend d'extraire du néant les vies de ces " égarées ". À travers les destins de Lizzie, Mattie et leurs compagnes, c'est une leçon d'espoir, de courage et de solidarité peu commune que l'Histoire s'apprête à offrir à Cate. Et dont les résonances inattendues pourraient éclairer son propre passé...

Mon avis

Deux époques, deux histoires .

Il y a d'abord celle de Lizzie et Mattie, en 1904, une formidable histoire d'amitié qui traversera le temps, et que la distance n'altérera jamais. Une complicité à toute épreuve, qui leur permet de surmonter les pires obstacles que la vie peut vous réserver.

Et puis il y a celle de Cate, en 2017, bibliothécaire qui, par hasard, commence à déterrer les histoires de ces filles, fascinée par les ruines du foyer de Berachah. Ses recherches l'amèneront à se pencher sur son passé, à s'interroger sur sa vie, ses choix, et à faire la rencontre d'une jeune étudiante, Laurel, avec qui elle tissera des liens d'amitié très forts.

J'ai été touchée par ces femmes du début du XXe siècle, qui se sont vues rejetées par leurs familles ou par la société parcequ'elles était tombées enceinte hors mariage, ou qu'elles avaient sombré dans la drogue ou la prostitution. Le foyer catholique de Berachah, seul foyer de l'époque à ne pas séparer les mères de leurs bébés, les accueille sans jugements afin qu'elles puissent se reconstruire sans crainte.

J'ai refermé ce livre avec le sentiment que j'aurai pu me lier d'amitié avec ces femmes courageuses et combatives. J'ai également été bluffée par un revirement sur un personnage de ce roman, remarquablement amené par l'auteure, et qui offre une nouvelle dimension à cette lecture.

J'ai voulu savourer ce roman, j'ai pris le temps de m'imprégner de ces atmosphères, de ces époques, des sentiments qu'il suscite, de ces personnages émouvants.

La dernière partie, chargée d'émotions, se lit à une vitesse folle. J'ai véritablement été émue, après avoir suivi ces destins de femmes sur près de 500 pages, après les avoir vu souffrir, pleurer, hurler à l'injustice, ou s'ouvrir à l'amour sous toutes ses formes. J'ai refermé ce livre avec une satisfaction énorme, éblouie par sa force, par son sillage emplit de douceur et de sororité. Un roman qui dépose une empreinte sur son lecteur.

C'est un très beau coup de coeur ❤❤❤