MAQUILLÉE

Daphné B.

édité par Grasset

Chronique écrite le
08 - 09 - 2021

Distinction

" COURONNÉ PAR LE PRESTIGIEUX PRIX
DES LIBRAIRES DU QUÉBÉC 2021 "

Rᴇ́sᴜᴍᴇ́

Ceci n’est pas un livre sur le maquillage. C’est un voyage inédit, une plongée dans un univers peu connu, fait de paillettes et de gloss, mais dont les règles et les acteurs, les produits et les valeurs, en disent long sur notre société consumériste et numérique.

Une enquête sur une industrie qui vaut des milliards de dollars et fait rêver des millions d’individus à travers la planète. Une méditation féministe sur l’un des symboles de ce qu’on dit être « la femme ». Une réflexion philosophique sur la beauté, le paraître, l’identité. Un récit personnel où Daphné B. pense en se livrant.

Tout part d’elle, en effet, Daphné B., poète et féministe. Le texte s’ouvre, elle est dans son lit et remplit online son panier Sephora. Elle se demande pourquoi elle dilapide son argent et son temps pour acheter des fards, rouges, poudres. Pourquoi elle se peint le visage ? Pour se cacher ? S’écrire ? Qu’est-ce que le maquillage représente, symboliquement, économiquement, socialement ? Pourquoi le dit-on frivole alors qu’il fait désirer, dépenser ?

A mesure qu’elle s’enfonce dans ses recherches Internet et passe d’une fenêtre à une autre (un tutoriel où une influenceuse livre ses secrets de beauté en même temps que ses hontes ; le lancement d’une palette déchainant les passions de milliers de clients ; un reportage sur le Mica, matière première des fards, que des enfants extraient de mines en Inde ; la mise à mort d’une Youtubeuse ;

le récit de prisonnières pour qui se maquiller, c’était survivre ) elle s’interroge et mêle aux images qu’elle voit ses références – Ovide, Platon, Derrida, Foucault, Anne Carson ou bell hooks - pour penser le maquillage absolument : comme un objet de consommation dont la production détruit la planète et creuse les inégalités.

Un paradoxe, artéfact louant la perfection, promu par des êtres se disant authentiques. Le signe d’une soumission aux diktats de la beauté et aux logiques capitalistes. Mais aussi une arme de libération, de résistance, de révolte. Virtuose, Daphné B. nous emporte dans une Odyssée numérique et poétique pour nous parler de nous, nos fards, nos failles, nos manières de briller. La porte d’entrée, c’est le maquillage, mais le monde derrière, c’est le nôtre.

Mon avis

Ceci n’est pas un roman. C’est une réflexion sur ce qui est considéré comme le symbole même de la féminité, qui existe depuis des millénaires mais qui a pris un sacré envol ces dernières années avec l’avènement de Youtube, des influenceuses et influenceurs make-up, et qui est devenu une des industries les plus prospères de tous les temps : le maquillage.

Mais ce livre ne parle pas que de paillettes, de mascara ou du dernier rouge à la mode. Non. L’auteure va pousser la réflexion bien plus loin, sur son rapport à la beauté féminine dans notre société.

Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi est-ce que l’on a besoin d’autant d’artifices et de poudres de perlimpinpin pour se sentir belle, désirable, féminine ? D’abord, est-ce vraiment nécessaire ? Qu’est-ce que la société de consommation d’aujourd’hui délivre-t-elle comme message ? Et les ados dans tout ça, comment s’identifient-elles et à qui ?

Personnellement, j’ai toujours aimé le make-up, me pomponner et être coquette, ça a toujours fait partie intégrante de qui je suis, et toutes les personnes de mon entourage vous le diront. J’étais celle chez qui on allait se maquiller pour une soirée, pour un mariage, pour un rendez-vous galant et j’en passe.

Mais je trouve que ces dernières années c’est devenu too much. Les mecs qui se maquillent, non merci j’en suis navrée. Ajoutez à cela les abus de botox à tout va où tout le monde se ressemble, et on atteint un niveau effrayant…

Beaucoup de femmes et de jeunes filles vivent aujourd’hui, une pression du paraître et de la beauté extrêmes. L’auteure mène ici une réflexion et une auto-analyse on ne peut plus intéressante entre poésie, philosophie, féminisme et va s’interroger et réfléchir de manière intelligente et censée.

Ce livre est un peu un OVNI littéraire mais je vous recommande vraiment de le lire si le sujet vous intéresse.