MOURIR AU MONDE

Claire CONRUYT

édité par Plon

Chronique écrite le
22 - 08 - 21

Distinction

" Rentrée littéraire Plon 2021 "

Rᴇ́sᴜᴍᴇ́

L’histoire d’une rencontre entre deux femmes, deux religieuses, deux générations.

Sœur Anne ne s’est jamais véritablement adaptée à la vie en communauté au sein du couvent où elle vit pourtant depuis vingt ans. Lorsque Mère supérieure la charge du patronage de Jeanne, une jeune postulante, se réveillent en elle des sentiments et des questions que la règle conventuelle lui avait fait oublier.

Bientôt, la relation entre les deux femmes dépasse le cadre de la formation. Jeanne est une bouffée d’air frais pour les religieuses. Mais elle bouleverse l'existence de Sœur Anne qui, à ses côtés, aperçoit la possibilité de ressaisir le sens de sa vocation et de se retrouver elle-même.

Quelle place reste-t-il pour l’affection et pour l’humanité quand entrer dans les ordres exige de se défaire de soi-même et de s’abandonner à Dieu ?

Comment la communauté peut-elle comprendre que la délivrance de Sœur Anne, pour qui la foi ne suffit plus, repose entièrement sur sa relation avec Jeanne ?

Dans un style limpide et poétique, ce premier roman qui renverse la structure classique du récit d’initiation peint avec clarté et pudeur la confusion des sentiments.

Mon avis

Pour un premier roman, c’est une belle découverte. Il est très bien écrit, subtil, dans un style très poétique et délicat, à l’image du sujet qu’il traite.

Sœur Anne est rentrée dans les ordres à l’âge de 20 ans. Aujourd’hui, elle en a 40 et pourtant elle n’arrive toujours pas à s’y faire complètement. Quelque chose semble la tracasser, sa vie au couvent ne semble plus lui convenir. En fait non. Sa vie au couvent ne lui a jamais convenu.

Elle va être chargée du patronage de Jeanne, une jeune postulante qui semble être son opposé. C’est une jeune fille fascinante, pleine de vie, simple et heureuse et pour qui le sacrifice de cette vie semble inné. Sœur Anne se sent terriblement fade et vide à côté.

Pourtant la relation entre les deux femmes va largement dépasser le strict cadre de cette formation, Soeur Anne aime Jeanne comme une vraie sœur, et elles partagent discrètement des instants éphémères où elles se relâchent un peu, où elles s’autorisent à sourire, à s’écrire et à se soutenir mutuellement. Mais cette tendre amitié ne sera pas bien vue ni comprise par les autres sœurs, ni par la Mère Supérieure.

J’ai trouvé le personnage de Sœur Anne, noyé dans une profonde tristesse, touchant. Elle est éteinte. Elle semblait cacher un lourd secret.

Je m’attendais à ce qu’on apprenne quelque chose concernant son choix dans sa jeunesse, d’intégrer le couvent malgré le rejet et l’incompréhension de sa famille, mais je n’ai pas eu la réponse à mon interrogation. Peut-être n’était-ce donc qu’un mauvais choix ? Mais alors pourquoi ne pas retourner auprès de sa famille ? Malheureusement on n’en apprendra pas plus sur ce sujet.

L’atmosphère qui se dégage de ce roman est très calme, les paroles des uns et des autres toujours énoncés avec une certaine réserve, en douceur, à l’image de ces humbles religieuses qui sont constamment sur la retenue.

J’ai trouvé ce récit d’une grande maturité, il en émane beaucoup de sagesse et de réflexion, une certaine authenticité et un brin de philosophie, malgré la mélancolie qui le traverse.

Même si je m’attendais à une fin différente, je suis contente de cette découverte.