SOEURS DANS LA GUERRE

Sarah Hall

édité par Rivages

Chronique écrite le
21 - 07 - 2021

Rᴇ́sᴜᴍᴇ́

Au creux des montages du nord de l’Angleterre, dans le lake district éloigné des villes, une poignée de résistantes affranchies d’un monde en miette vivent en communauté à Carhullan, ferme qui tire de la terre rude les moyens de leur subsistance et de leur liberté.

Sœur pense à elles depuis bien avant l’effondrement et l’instauration d’un régime autoritaire qui organise le strict rationnement des ressources et la régulation violente des naissances.

Adolescente, déjà, elle était fascinée par leur présence insolite au marché où elles venaient vendre leur production. Adulte, c’est la conscience de leur existence qui lui donne la force d’imaginer un avenir possible, une vie debout, en marge du joug des Autorités, et des hommes. Prête à glisser hors du monde officiel, Sœur se met en route pour les rejoindre, déterminée à affronter toutes les épreuves.

Dans une saisissante contre-utopie féministe, Sarah Hall aborde avec une originalité remarquable les questions d’écologie, de genre et de défense des libertés individuelles, et propose une vision décapante et galvanisante du pire des mondes à venir.

Née en 1974 dans le comté de Cumbria en Angleterre, Sarah Hall est notamment l’auteur de La Frontière du loup et La Belle Indifférence (Christian Bourgois).

Mon avis

Voilà un roman noir comme je les aime, pessimiste, dur, froid et qui ne laisse que très peu de lumière le traverser.

L’Angleterre est plongée dans une crise gouvernementale sans précédent. Couvre-feu, confinement, rationnement des vivres et de l’électricité. C’est désormais un régime autoritaire qui gère le pays. La population est entassée dans des appartements où plusieurs familles, couples vivent les uns sur les autres. Les femmes sont obligées de porter des diaphragmes pour contrôler les naissances et c’est la loterie qui décide si elles peuvent tomber enceinte. Voilà le quotidien.

Parmi ces gens, il y a celle que ses futures appelleront Sœur, cette femme dont on ne connaîtra jamais le prénom, qui est la narratrice de ce récit, présenté comme le témoignage d’une prisonnière. Sœur ne supporte plus cette vie, elle veut fuir, partir rejoindre la ferme de Carhullan située en pleine montagne et quasi-impossible d’accès.

La ferme de Carhullan est réputée comme étant un endroit coupé du monde où seules vivent des femmes, les soeurs. Toutes sorte de spéculations les concernant vont bon train : ce serait des fanatiques, des bonnes sœurs, des sorcières ou encore des abandonneuses d’enfants. En réalité, ce groupe de femmes vivant en autarcie, rejette le système et s’est donné les moyens de se suffire à lui-même. Elles sont également entraînées, alertes et combatives et se préparent au monde de demain.

J’ai aimé la façon dont l’auteure présente ces femmes, fortes et bien plus résistantes et futées que les hommes. Elles se sont forgées un mental à toute épreuve et Sœur devra d’ailleurs subir un test d’entrée des plus abominable. On sent la dureté de leur quotidien, tout est loin d’être rose. Il faut survivre et apprivoiser cet environnement hostile et froid. Mais il y aussi parfois, des rencontres qui enjolivent ce quotidien rude, lui redonnant une pincette de douceur, aussi éphémère soit-elle.

C’est un récit fort, marquant, où les femmes sont mises à l’honneur, un récit au son de la révolte qui m’a beaucoup rappelé la Servante écarlate dans une atmosphère post-apocalyptique qui rend le tout très intense et addictif. Je l’ai dévoré.